Mariage homo : la PMA divise les députés PS

Par AFP, publié le
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Deux femmes manifestent à Paris le 16 décembre 2012 pour le droit au mariage et à l'adoption par les couples homosexuels [Lionel Bonaventure / AFP]
Deux femmes manifestent à Paris le 16 décembre 2012 pour le droit au mariage et à l'adoption par les couples homosexuels [Lionel Bonaventure / AFP]

Les députés socialistes, unanimes sur le mariage et l'adoption pour les couples homosexuels, sont en revanche très divisés sur l'opportunité d'inclure dans le projet de loi un amendement sur la PMA (procréation médicalement assistée) au point de peut-être y renoncer, mercredi, en réunion de groupe.

Mardi matin, la réunion du groupe socialiste, qui recevait les ministres Christiane Taubira (Justice) et Dominique Bertinotti (Famille), a donné lieu à des "débats passionnés" sur la question de la PMA, selon les termes employés par le député de l'Essonne Jérôme Guedj.

Alors que le gouvernement a strictement limité son projet de loi au mariage et à l'adoption pour les couples homosexuels, le chef de file des députés socialistes, Bruno Le Roux, clame depuis plusieurs semaines qu'il a "bon espoir" d'intégrer l'amendement sur la PMA. En clair, de donner aux couples de femmes homosexuelles mariées la possibilité de bénéficier de cette technique.

François Hollande a semblé donner carte blanche la semaine dernière au Parlement, en soulignant qu'il lui reviendrait de se prononcer "souverainement" sur le sujet.

La ministre de la Justice Christiane Taubira arrive à l'Hôtel Matignon, le 18 décembre 2012 [Pierre Verdy / AFP]
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La ministre de la Justice Christiane Taubira arrive à l'Hôtel Matignon, le 18 décembre 2012
 

Mais, alors que le scénario paraissait écrit, les jeux sont loin d'être faits. Le groupe socialiste parait profondément divisé sur la question et de nombreux députés ont fait état, mardi en réunion de groupe, de leurs réticences. Christiane Taubira a d'ailleurs qualifié mardi après-midi, devant la commission des Lois de l'Assemblée, l'amendement de "virtuel pour l'instant" et de "putatif".

En premier lieu, Alain Claeys, spécialiste des questions de bioéthique au PS. Pour lui, s'il est légitime d'ouvrir la PMA, jusque là réservée à des raisons médicales, à "des raisons sociétales", une question de cette importance "ne peut être traitée par un simple amendement".

Il considère qu'il faut ouvrir "l'ensemble de ce débat sociétal", y compris en abordant la question des couples homosexuels masculins, mais dans le cadre d'une révision des lois de bioéthiques.

"Par excès de précipitation, on risque de jeter la confusion", a-t-il averti.

Des arguments qui sont aussi ceux d'Olivier Faure, un proche du Premier ministre. "Si demain, dit-il, nous voulons ouvrir la PMA pour des raisons sociétales, nous pouvons éventuellement l'envisager, mais cela suppose un débat". Pour lui, "les esprits ne sont pas suffisamment mûrs. Il faut renvoyer cette question-là à la révision des lois bioéthiques elles-mêmes."

Des manifestants pour le droit au mariage et à l'adoption par les couples homosexuels, à Paris, le 16 décembre 2012 [Lionel Bonaventure / AFP]
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Des manifestants pour le droit au mariage et à l'adoption par les couples homosexuels, à Paris, le 16 décembre 2012
 

Constatant que "des sujets sont arrivés à maturité - la question du mariage, celle de l'adoption - , qui sont assumés à la fois par l'ensemble de la majorité, par une part de l'opposition et par une part très large de l'opinion publique", il souligne: "avançons sur ces sujets-là. Pour le reste, prenons le temps de réfléchir, le temps d'être éclairés aussi. Nous y reviendrons plus tard."

L'ex-garde des Sceaux Elisabeth Guigou a estimé qu'il serait "dommage" de traiter de la PMA "de cette manière, par le biais d'un amendement". "Cela soulève des questions de fond qu'il convient de discuter dans un projet de loi spécifique", a-t-elle ajouté.

Reconnaissant des "réticences" sur le sujet, Pouria Amirshahi a lancé, dans les couloirs de l'Assemblée: "si elles se confirmaient, ce débat serait mis plus tard, à un autre moment, et à la limite, ce n'est pas plus mal", jugeant "plausible" un report à un autre texte.

En revanche, le député PS Bernard Roman, partisan de l'intégration de la PMA dans le texte, a démenti que l'amendement puisse être abandonné.

Tandis que Corinne Narassiguin, députée des Français d'Amérique du Nord jugeait sur Twitter que ne pas insérer la PMA dans le texte de loi serait faire "la politique de l'autruche".