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OCDE : la crise des réfugiés risque de durer, mais l'Europe peut faire face

Des migrants et des réfugiés font la queue à la frontière entre la Grèce et la Macédoine le 21 septembre 2015 [NIKOLAY DOYCHINOV / AFP] Des migrants et des réfugiés font la queue à la frontière entre la Grèce et la Macédoine le 21 septembre 2015 [NIKOLAY DOYCHINOV / AFP]

La crise des réfugiés, "sans précédent", risque de durer, générant "un sentiment d'anxiété" dans de nombreux pays, mais l'Europe "a la capacité et l'expérience" nécessaires pour faire face, affirme l'OCDE dans un rapport publié mardi.

 

"La crise humanitaire actuelle est sans précédent, avec un coût humain effroyable et inacceptable", souligne l'Organisation de coopération et de développement économiques dans ce document accompagnant son rapport "Perspectives des migrations internationales 2015".

Selon elle, le nombre de réfugiés est "sans parallèle récemment", et un million de demandes d'asile pourraient être déposées en tout en 2015 dans les pays de l'Union européenne, avec sans doute une protection pour "350.000 à 450.000" personnes.

A cela s'ajoutent "une grande diversité de trajets, de pays d'origine et de motivations" qui rendent cette crise "particulièrement difficile à traiter", note l'OCDE, en rappelant que, par exemple, les Syriens représentaient 21% des demandeurs d'asile l'an dernier, les Kosovars 9,6% et les Érythréens 6,4%.

Autres difficultés: le nombre "élevé" de mineurs isolés (4% du total l'an dernier), le contexte de crise économique, la situation très différente des pays européens, l'évolution "rapide" des routes migratoires alors que les passeurs, très connectés, s'adaptent aux annonces et changements de politiques...

"Dans cette crise, il y a plusieurs crises et cela rend la question compliquée", explique le chef de la division des migrations internationales à l'OCDE Jean-Christophe Dumont. Et "une grande partie de la difficulté est qu'on ne voit pas la fin de cette crise".

Des migrants font la queue pour obtenir de la nourriture à Calais le 19 septembre 2015 [PHILIPPE HUGUEN / AFP/Archives]
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Des migrants font la queue pour obtenir de la nourriture à Calais le 19 septembre 2015
 

Conflit en Syrie, incertitudes sur la Libye, instabilité en Afghanistan et en Irak... "à court terme, les perspectives sont minces de voir la situation se stabiliser significativement dans les principaux pays d'origine", prévient l'organisation. Selon elle, "les facteurs économiques et démographiques dans les pays d'Afrique subsaharienne vont continuer à pousser à émigrer, de même que la pauvreté élevée et le chômage dans les Balkans occidentaux".

 

"Pas d'impact négatif" sur l'économie

C'est pourquoi, "la situation dépasse peut-être la simple urgence de court terme pour être une condition plus structurelle, avec des flux importants en perspective dans les années à venir, nourrissant un sentiment d'anxiété à propos de la migration dans de nombreux pays", insiste l'OCDE.

Mais "le message clé est que l'Europe a les moyens et l'expérience pour répondre à cette crise", assure Jean-Christophe Dumont, qui en veut pour preuve le nombre "gérable" de réfugiés par rapport à la population européenne, et l'arsenal législatif et juridique dont l'UE s'est dotée ces dernières décennies.

Dans ce contexte, "la parole publique est déterminante", ajoute-t-il, car "les faits sont là: la migration n'a pas d'impact négatif sur le marché du travail, elle ne renforce pas les déficits budgétaires, les immigrés contribuent plus qu'ils ne reçoivent en bénéfices individuels".

Et ce d'autant plus que les réfugiés syriens "sont plus qualifiés que d'autres migrants", et plus aussi que ceux qui ont immigré pendant les guerres yougoslaves dans les années 90, selon le rapport. "Cela ne menace pas notre identité. Mais évidemment c'est un message qui ne marche pas du jour au lendemain, il faut expliquer et répéter", insiste Jean-Christophe Dumont.

Pour l'OCDE, il faut donc aller au-delà des réponses de court terme, limitées aux sauvetages et à la répartition des arrivants entre pays de l'UE, et "se concentrer sur des mesures d'urgence pour accueillir les réfugiés et accélérer le traitement des demandes d'asile".

Alors que les Européens peinent à trouver une réponse commune, les auteurs du rapport jugent "urgent de s'attaquer à certaines de racines de la crise et d'apporter une réponse politique coordonnée et complète".

C'est d'ailleurs l'une des conclusions: "une stratégie politique globale est nécessaire", car "rester passif devant l'urgence risque de compromettre les efforts visant à améliorer la situation à long terme".

Et pour Jean-Christophe Dumont le risque est alors "que la crise des réfugiés devienne une crise beaucoup plus structurelle". "Ne pas trouver de solution n'est pas une option, le coût politique et économique serait trop élevé."

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