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Rivalité entre les États-Unis et l'Iran : des soutiens militaires et financiers dans les conflits au Proche-Orient

Au cœur du conflit par procuration qui oppose aujourd'hui l'Iran et les États-Unis se trouvent les rebelles houthis du Yémen, financés et armés par l'Iran, qui ont intensifié leurs frappes sur des navires commerciaux en mer Rouge. [Mohammed HUWAIS / AFP]

Depuis plus de 40 ans, les relations entre les États-Unis et la République islamique d'Iran sont explosives. En raison d'une rivalité historique, les deux puissances se livrent une guerre indirecte qui s'exprime notamment à travers des soutiens militaires et financiers dans les conflits au Proche-Orient.

Les «Kataeb Hezbollah», ou Brigades du Hezbollah, un influent groupe armé irakien allié à Téhéran, ont violemment pris à partie, vendredi 9 février, les Etats-Unis pour leurs frappes menées en Irak, après une attaque de drone ayant tué un haut commandant de la faction à Bagdad. Une semaine plus tôt, Washington avait déjà mené des frappes en Irak et en Syrie contre des forces d'élite iraniennes, en représailles à une attaque fin janvier ayant tué trois soldats américains dans le désert jordanien. Depuis la mi-octobre, les groupes armés pro-Iran ont effectué des dizaines de tirs de roquettes et frappes de drone contre les soldats américains et ceux de la coalition internationale déployés en Irak et en Syrie.

Une escalade dangereuse qui ravive la crainte d'un conflit direct, dans la guerre par procuration que se livrent les États-Unis et l'Iran, depuis plus de 40 ans, notamment au travers de soutiens militaires et financiers dans les conflits régionaux. 

Une guerre indirecte

Jusqu'à présent, les États-Unis et l'Iran ont évité de s'affronter directement. Néanmoins, les deux puissances rivales ont profité de toutes les opportunités, économiques ou politiques pour déstabiliser leur ennemi. D’un côté, la République islamique, qui s'oppose depuis longtemps à la présence des forces américaines dans ce qu'elle considère comme sa «zone d’influence régionale», a passé les dernières décennies à construire un réseau de milices islamistes, anti-occidentales et anti-israéliennes, qu'elle entraîne, finance et arme, pour prendre part aux conflits régionaux. De l’autre, les États-Unis, qui ont tenté de s'éloigner du Proche-Orient après une longue politique interventionniste, ont repris leur «travail» d’influence et de protection, selon leurs intérêts, depuis les récents événements qui ont bousculé le fragile équilibre de la région. 

«L’Iran applique ce qu’il appelle l’axe de résistance. Il s’agit d’abord d’un soutien militaire, financier et de formation de tous ces groupes, mais il y a aussi une stratégie qui consiste à établir un rapport de force basé sur l’opposition militaire avec Israël, dont ils refusent l’existence, ainsi que sur des actions menées contre les Américains, puisqu’ils veulent que leurs troupes quittent la région. L’Iran connait la faiblesse de ses défenses anti-aériennes et sait que son aviation n’est pas au niveau. Sa stratégie est donc d’appliquer une force de dissuasion avec un message clair : "si vous attaquez le sol iranien, on réagit en mettant le feu à la région". Il s’agit d’une véritable ligne rouge pour l’Iran», précise Thierry Coville, chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran, pour CNEWS. 

Et pour cause, après l’attaque terroriste du 7 octobre, la guerre entre Israël et le Hamas s'est étendue à une grande partie du Proche-Orient, et les perspectives d'une confrontation entre les puissances régionales et mondiales sont devenues de plus en plus concrètes. Dans l'ensemble de la région, les combats se sont donc, à ce stade, essentiellement limités à des attaques réciproques entre les milices soutenues par l'Iran, d'une part, et les États-Unis, Israël, et leurs alliés, d'autre part. Mais les interventions directes de l'Iran et des États-Unis au cours des dernières semaines ont renforcé les craintes que ce conflit par procuration entre les deux parties ne se transforme en conflit direct.

Les États-Unis ont ainsi attaqué des groupes soutenus par l'Iran au Yémen, en Syrie et en Irak, tandis que des groupes liés à l'Iran ont pris pour cible le personnel américain en Irak et en Syrie. Par ailleurs, les États-Unis, qui disposaient, avant la guerre, d'une importante force militaire dans la région avec plus de 30.000 soldats, ont considérablement renforcé leur dispositif militaire, via une présence terrestre et navale. Dans certains endroits, notamment en Irak et en Syrie, la présence militaire américaine se superpose donc à celle de l'Iran et de ses alliés.

Le Liban 

Le Liban abrite la force paramilitaire la plus puissante du Proche-Orient : le Hezbollah, soutenu par l'Iran. Le groupe est l'un des partenaires régionaux les plus efficaces et dangereux de Téhéran. Proche du Hamas, il est principalement basé à la frontière israélo-libanaise et échange des tirs avec l’État hébreu depuis le début de la guerre de Gaza. Bien que la taille exacte de l'arsenal du groupe islamiste chiite ne soit pas connue, des experts ont estimé qu'il possédait entre 150.000 et 200.000 missiles, ainsi que des roquettes et des mortiers. Des centaines de ces missiles «sont de haute précision et hautement destructeurs», selon l'Institut d'études de sécurité nationale de Tel-Aviv.

Le chef du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, affirme que le groupe compte 100.000 combattants, y compris des soldats actifs et des réservistes. L'Iran est par ailleurs considéré comme le principal fournisseur d'armes du Hezbollah. «Le Hezbollah est vraiment le modèle qui est loué en Iran, un modèle qui a fait ses preuves, notamment lors de la guerre de 2006. Leur souhait serait de développer ce modèle ailleurs, notamment en Irak», détaille Thierry Coville. 

L’Irak 

En Irak, Téhéran exerce une influence significative sur plusieurs milices chiites étroitement liées au Corps des gardiens de la révolution islamique iranien (CGRI). Il s'agit notamment des «Kataeb Hezbollah», de «Harakat al-Nujaba» et de «Kata'ib Sayyid al-Shuhada». Selon les experts, certains de ces groupes, comme les «Kataeb Hezbollah», sont plus responsables devant les autorités de Téhéran que devant le gouvernement de Bagdad. Les renseignements américains estiment qu'ils comptent jusqu'à 10.000 membres. 

Depuis le début de la guerre à Gaza, ces groupes soutenus par l'Iran ont mené des dizaines d'attaques contre les forces américaines en Irak, auxquelles les États-Unis ont riposté par des frappes aériennes. Jusqu'en 2008, au plus fort de la guerre en Irak, les États-Unis comptaient jusqu'à 160.000 soldats dans le pays. Aujourd'hui, quelque 2.500 soldats sont déployés dans plusieurs bases à Bagdad. Craignant que son pays ne devienne le théâtre d'une guerre régionale, le premier ministre irakien a toutefois déclaré ce mois-ci que Bagdad souhaitait se retirer de la coalition dirigée par les États-Unis

La Syrie

L'Iran est également présent en Syrie, où une unité d'élite du CGRI qui gère les opérations à l'étranger s'est déployée après le soulèvement de 2011 pour soutenir le régime du président syrien Bachar al-Assad. Ces derniers ont servi de conseillers militaires et se sont battus sur la ligne de front pour Bachar al-Assad, aux côtés des milices soutenues par l'Iran. La Syrie accueille également les brigades «Zainabiyoun» et «Fatemiyoun», des milices chiites liées au CGRI qui recruteraient des combattants afghans et pakistanais.

De leur côté, Les États-Unis disposent de 800 soldats en Syrie dans le cadre d'une mission en cours visant à vaincre Daesh. La plupart des forces américaines sont stationnées dans ce que les responsables militaires appellent «la zone de sécurité de l'est de la Syrie», où les États-Unis soutiennent les Forces démocratiques syriennes (FDS), anti-régime. Les États-Unis sont également présent dans le sud-est de la Syrie, où ils soutiennent l'Armée syrienne libre, qui s'oppose également au régime syrien. Le régime considère les États-Unis comme un envahisseur et ces dernières semaines, les troupes américaines en Syrie ont été de plus en plus attaquées par des groupes soutenus par l'Iran, ce à quoi les États-Unis ont répondu par des frappes aériennes.

Le Yemen 

Au cœur du conflit par procuration qui oppose aujourd'hui l'Iran et les États-Unis se trouvent les rebelles houthis du Yémen, qui ont intensifié leurs frappes sur des navires commerciaux en mer Rouge, affirmant qu'il s'agit d'une vengeance contre Israël pour sa guerre dans la bande de Gaza. Le groupe contrôle actuellement le nord du Yémen et s'est battu pendant près de huit ans contre une coalition soutenue par les États-Unis et dirigée par l'Arabie saoudite, avant que les combats ne cessent l'année dernière. Les armes fabriquées par les Houthis étaient en grande partie assemblées à partir de composants iraniens introduits clandestinement au Yémen sous forme de pièces détachées. 

Pour répondre à ces attaques, l’armée américaine a décidé de stationner des navires de guerre en mer Rouge, au large des côtes du Yémen, à partir desquels elle frappe des cibles houthies. En décembre, les États-Unis ont formé une coalition de plus de 20 pays pour protéger le trafic commercial contre les attaques des Houthis en mer Rouge.

La bande de Gaza 

La bande de Gaza est dirigée par le Hamas, qui, selon Israël, comptait environ 30.000 combattants avant la guerre. Organisation islamiste dotée d'une branche militaire, le Hamas a été créé en 1987 et a lancé, le 7 octobre, une attaque terroriste contre Israël qui a fait environ 1.200 morts et pris 250 autres personnes en otage, selon les autorités israéliennes. L'Iran a resserré ses liens avec le groupe ces dernières années. Contrairement à tous les autres alliés de Téhéran dans la région, le Hamas est une organisation musulmane sunnite, et non chiite.

Si les États-Unis et Israël, ainsi que plusieurs puissances occidentales ont soupçonné l'Iran d'avoir eu connaissance, d'avoir pris part, ou d'avoir financé les attentats du 7 octobre, aucune véritable preuve de cette implication n'a, à ce stade, été reconnue. «La position officielle de l'Iran est d'applaudir l'action du Hamas menée le 7 octobre, tout en niant toute responsabilité», précise Thierry Coville. Toutefois, les États-Unis estiment que l'Iran fournit jusqu'à 100 millions de dollars par an en soutien combiné à des groupes militants palestiniens, dont le Hamas et le Jihad islamique palestinien (PIJ), un autre groupe terroriste basé à Gaza.

De l'autre côté de la frontière, Israël est le principal bénéficiaire de l'aide militaire américaine, Washington ayant versé plus de 130 milliards de dollars depuis la création de l'État juif en 1948.

États du Golfe et Turquie

Si la guerre entre Israël et le Hamas ne s'est pas encore étendue aux États arabes du Golfe, certaines de ces nations se sentent vulnérables car elles ont déjà été la cible de groupes liés à l'Iran. L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont ainsi été attaqués par les Houthis, respectivement en 2019 et 2022. Les États du Golfe, alliés des États-Unis, abritent également certains des plus importants contingents de troupes américaines dans le monde. Les États-Unis disposent ainsi d'environ 13.500 soldats au Koweït, ce qui représente la plus grande présence militaire américaine dans la région. Dans le reste du monde, seuls l'Allemagne, le Japon et la Corée du Sud accueillent plus de forces américaines que le Koweït.

La deuxième présence militaire américaine dans la région se trouve au Qatar, qui accueille environ 10.000 soldats américains sur la base aérienne d'Al-Udeid, la plus grande base militaire américaine au Proche-Orient. Ce mois-ci, les États-Unis ont discrètement conclu un accord qui prolonge de 10 ans leur présence militaire sur la base. Par ailleurs, le Qatar est souvent accusé de jouer un double-jeu, puisqu’il entretient des relations avec le Hamas, dont il accueille le bureau politique dans la capitale Doha depuis 2012.

Enfin, plus de 2.700 soldats américains sont stationnés sur la base aérienne Prince Sultan en Arabie saoudite, tandis que les Émirats arabes unis accueillent 3.500 militaires américains sur la base aérienne d'Al Dhafra. Parmi les autres centres de présence militaire américaine, on peut citer le Bahreïn, qui accueille le commandement central des forces navales américaines, ainsi que la Jordanie, qui héberge environ 3.000 soldats américains. La Turquie accueille quant à elle 1.465 militaires sur la base aérienne d'Incirlik.

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