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Un village serbe mondialement connu grâce à son vampire

Un panneau indique l'entrée du "village du vampire", Zarozje, en Serbie, le 3 décembre 2012 [Dalibor Danilovic / AFP] Un panneau indique l'entrée du "village du vampire", Zarozje, en Serbie, le 3 décembre 2012 [Dalibor Danilovic / AFP]

"Alerte au vampire!" Il a suffi de ressusciter une vieille légende, de broder autour d’un moulin écroulé et de miser sur l'imagination des journalistes pour qu’un village reculé de Serbie soit désormais connu dans le monde entier.

A l'entrée dans Zarozje, dont les maisons modestes sont éparpillées dans les montagnes boisées de l'ouest de la Serbie, un grand panneau prévient le visiteur qu'il va pénétrer sur les terres du "premier vampire serbe", Sava Savanovic.

Une peinture maladroite brosse un personnage en costume traditionnel, dont le sourire laisse entrevoir les crocs, quelques gouttes de sang sur le menton.

C'est grâce à Miodrag Jovetic que le panneau a été mis en place en 2010. Propriétaire de la pompe à essence et du bistrot local, il s'efforce depuis des années de promouvoir "Sava", le principal, voire unique trésor du village, dans l'espoir d'attirer des touristes qui contribueront ainsi à une utopique relance économique.

Au départ de la résurrection de cette légende remontant au Moyen Age, l'effondrement l'hiver dernier du toit du moulin de Sava, situé au fond d'une vallée sombre et étroite de la rivière Rogacica, aurait laissé le vampire sans abri... et furieux.

Le moulin à eau qui aurait appartenu au vampire, à Zarozje, en Serbie, le 3 décembre 2012 [Dalibor Danilovic / AFP]
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Le moulin à eau qui aurait appartenu au vampire, à Zarozje, en Serbie, le 3 décembre 2012
 

Les tabloïdes locaux puis la presse internationale ont repris l'information, qui s'est répandue sur la toile.

Les médias, citant M. Jovetic, ont même fait état d'un arrêté municipal alarmiste exhortant les villageois à mettre de l'ail dans leurs maisons et à se munir de croix en bois pour se protéger du vampire.

Cet ancien responsable municipal, alerte malgré ses 67 ans, engoncé dans son gilet de chasse vert-olive, dément avec le sourire: "Mais non, il n'y a eu aucun arrêté, c'est juste une coutume ancestrale que j'ai évoquée. Les gens ici sont pieux, chacun a une croix en bois".

"Nous n'avons jamais délivré de décret appelant les gens à acheter de l'ail pour se protéger", confirme Milun Prokic, son ami d'enfance, et conseiller municipal.

Une légende ressuscitée

Pour M. Jovetic, le vampire aurait bien pris ombrage du retard pris dans la restauration de sa demeure. "Nous aurions dû réparer le moulin depuis longtemps. Va savoir, il vaut mieux ne pas défier le sort! Sava a bel et bien existé, il a vécu à Zarozje, c'est ici qu'il est devenu un vampire".

Selon la légende, Sava, qui aurait mesuré plus de deux mètres et vivait seul dans son moulin, serait devenu vampire après sa mort à une date que tous ont oubliée.

Un villageois accroche des gousses d'ail à une fenêtre, à Zarozje, en Serbie le 3 décembre 2012 [Dalibor Danilovic / AFP]
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Un villageois accroche des gousses d'ail à une fenêtre, à Zarozje, en Serbie le 3 décembre 2012
 

Depuis, quiconque s'attardait la nuit dans son moulin trouvait la mort.

"Il faut entretenir la légende et même, si nécessaire, l’assaisonner d'un petit mensonge pour arriver à ses fins", s’esclaffe Slobodan Jagodic, un sexagénaire rondouillard sortant de la poche de son pantalon quelques gousses d'ail.

"Est-ce que quelqu'un se demande aujourd'hui si la Vierge est réellement apparue à Medjugorje?" en 1980, renchérit-il. Ce village de Bosnie voisine est visité depuis par des dizaines de milliers de touristes chaque année, bien que le Vatican n'ait jamais confirmé ce "miracle".

Sans accès à internet, les villageois de Zarozje n'ont pas pris la mesure de la notoriété médiatique soudaine de leur bourgade. Lorsqu'ils apprennent que l'ail est en "rupture de stock" dans la région, ils rient à s'en décrocher les mâchoires.

"C'est ridicule! Nous produisons tous notre ail. Pour le conserver, depuis des lustres, on noue les têtes d'ail à une corde sous les toitures", lance entre deux éclats de rire Nikola Jovanovic, 37 ans.

"Nous savons que cette histoire est censée servir à des fins touristiques. Tant mieux si le coup réussit, mais nous n'avons, bien sûr, pas peur", assure sa femme Jelena, qui vit avec leurs deux jeunes fils à quelques centaines de mètres du moulin hanté.

Le village de Zarozje, en Serbie, le 3 décembre 2012 [Dalibor Danilovic / AFP]
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Le village de Zarozje, en Serbie, le 3 décembre 2012
 

Les Balkans, terre de vampires

L'Office national du tourisme serbe (TOS) reste dubitatif, estimant que la promotion des sites ne devait pas reposer sur "ce genre de mythologie".

Dans les Balkans, les légendes sur les esprits maléfiques sont monnaie courante. Presque chaque pays a son vampire, explique l'Américain James Lyon, titulaire d'un doctorat sur l'histoire des Balkans et auteur d'un récit sur les vampires, un mot d'origine serbe.

La Roumanie est la terre natale de Vlad l'Empaleur, qui a inspiré le célèbre "Dracula" du Bram Stoker(1847–1912). La Croatie a son "terrible, Jure Grando" qui terrorisait l'Istrie.

"Beaucoup de villageois y croient", fait valoir M. Lyon. Mais le vampire des Balkans ne ressemble guère au Edward Cullen de la saga Twilight de Stephanie Meyer, qui a séduit une centaine de millions de lecteurs dans le monde et inspiré Hollywood.

"Les vampires dans la culture slave ne sont pas des petits-amis potentiels", sourit M. Lyon. "Si un vampire vous mord, vous ne devenez pas vampire vous-même, vous mourez".

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