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Nigeria: l'ONU sanctionne les insurgés islamistes de Boko Haram

Manifestation pour la libération des lycéennes nigerianes kidnappées, le 22 mai à Harare [Jekesai Nijikizana / AFP] Manifestation pour la libération des lycéennes nigerianes kidnappées, le 22 mai à Harare [Jekesai Nijikizana / AFP]

L'ONU a pris jeudi des sanctions, à la portée surtout politique, contre le groupe islamiste armé Boko Haram, auteur de l'enlèvement de plus de 200 lycéennes au Nigeria, pour lesquelles des manifestants ont réclamé à Abuja une "action résolue" du chef de l'Etat.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a placé jeudi Boko Haram sur la liste noire des organisations terroristes soumises à des sanctions en raison de leurs liens avec Al-Qaïda, une mesure réclamée par le Nigeria qui avait été aussi recommandée par un sommet international à Paris samedi.

Ces sanctions consistent en des gels d'avoirs, un embargo sur les armes et des interdictions de voyager.

Mais cette mesure a surtout une portée politique. Elle "montre que Boko Haram n'a aucun soutien dans la communauté internationale", a estimé un diplomate, car ses membres, basés dans le nord du pays, voyagent peu. Concrètement les sanctions permettront de restreindre l'approvisionnement --en armes notamment-- du groupe, créé il y a dix ans, a-t-il expliqué.

L'ambassadrice américaine à l'ONU Samantha Power s'est immédiatement félicité d'une "mesure importante".

Les insurgés islamistes de Boko Haram ont enlevé à la mi-avril plus de 200 lycéennes à Chibok, dans le nord-est du Nigeria, et leurs attaques sanglantes ont fait des milliers de morts depuis 2009. Le groupe armé est accusé d'une nouvelle série d'attaques meurtrières cette semaine, qui ont fait au total près de 150 morts.

Manifestation le 14 mai 2014 devant l'ambassade du Nigéria à Washington pour réclamer la libération des 200 lycéennes enlevées au Nigeria par le groupe islamiste extrémiste Boko Haram [Karen Bleier / AFP/Archives]
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Manifestation le 14 mai 2014 devant l'ambassade du Nigéria à Washington pour réclamer la libération des 200 lycéennes enlevées au Nigeria par le groupe islamiste extrémiste Boko Haram

Environ 200 militants du mouvement "#BringBackOurGirls" ("Rendez-nous nos filles") ont manifesté jeudi vers la villa du président nigérian Goodluck Jonathan à Abuja, la capitale fédérale, pour maintenir la pression sur le chef de l'Etat et réclamer "une action résolue". Des manifestants ont été reçus par des représentants du gouvernement.

Le président Jonathan, largement critiqué ces dernières semaines, tant au Nigeria qu'à l'étranger, pour son manque de réactivité dans cette crise, a déclaré dans un communiqué que ces manifestations devaient être dirigées contre "les terroristes qui ont enlevé nos filles innocentes".

- Déchaînement de violences -

Parallèlement le syndicat national des professeurs a appelé les écoles de tout le pays à fermer pour une "journée de protestation" contre le rapt des 223 lycéennes le 14 avril, dont les familles sont toujours sans nouvelles.

Sur le plan militaire, quelque 80 militaires américains ont été envoyés au Tchad pour mener "des opérations de renseignement, de surveillance et des vols de reconnaissance au-dessus du nord du Nigeria et des régions voisines" pour localiser les jeunes filles, a annoncé mercredi soir le président Barack Obama.

Ils seront chargés de faire fonctionner un drone non-armé, également envoyé au Tchad, frontalier du nord-est du Nigeria, a précisé un porte-parole du Pentagone, le colonel Steve Warren.

Ces moyens s'ajoutent à ceux déjà présents depuis la semaine dernière au Nigeria, drones, avions-espions et plusieurs équipes d'experts et de conseillers américains chargés d'appuyer les forces de sécurité nigérianes dans leur recherches.

Le Royaume-Uni, la France et dernièrement Israël ont aussi envoyé des experts. La Chine, dont dix ressortissants ont été enlevés, probablement par Boko Haram, dans une région frontalière du Cameroun, a aussi proposé son aide.

Washington a déjà réalisé ces derniers jours des vols de drones au-dessus des zones où pourraient avoir été emmenées les jeunes filles.

Ce renfort américain intervient alors que le Nigeria a connu cette semaine un déchaînement de violences attribuées à Boko Haram, qui ont fait au total près de 150 morts.

Jos, la capitale de l'Etat du Plateau, dans le centre du Nigeria, est toujours sous le choc après le double attentat au véhicule piégé qui a fait 118 morts et 56 blessés sur un marché populaire mardi.

Parallèlement, deux attaques de villages dans le nord-est du Nigeria, région fief de Boko Haram, ont fait 30 morts.

Le Parlement nigérian a prolongé pour six mois mardi l'état d'urgence dans trois Etats du Nord-Est, Borno, Adamawa, et Yobe, mais cette mesure d'exception déjà en vigueur depuis un an n'a pas permis de contenir l'insurrection islamiste.

Le pouvoir et l'armée nigérians sont mis en cause pour leur inefficacité depuis des années dans la lutte contre Boko Haram, qui revendique l'instauration de gouvernements islamiques dans les Etats du nord du Nigeria, majoritairement musulmans, ceux du sud étant majoritairement chrétiens.

Selon des experts, l'attentat de Jos, ville mixte située à la charnière entre nord et sud, pourrait avoir pour objectif d'y raviver les tensions religieuses, qui ont déjà dégénéré en violences meurtrières par le passé.

Les Occidentaux apparaissent décidés à empêcher la déstabilisation du Nigeria, pays stratégique en tant que premier producteur de pétrole d'Afrique, et plus largement première puissance économique et démographique du continent, avec 170 millions d'habitants.

A l'initiative de la France, en pointe dans la lutte contre le jihadisme en Afrique de l'Ouest, le sommet de Paris a décidé la semaine dernière d'une large coopération militaire entre le Nigeria et ses voisins, avec l'appui occidental, contre Boko Haram, qualifié de "menace majeure".

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