En direct
A suivre

La semaine de Philippe Labro : un scénario catastrophe, un réalisateur à succès

[AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

MERCREDI 31 MARS

Fin d’un mois difficile. Avril ne s’annonce guère plus enthousiasmant. Quel était donc ce titre d’un polar de Robin Cook, paru en 1984 chez Gallimard ? Les mois d’avril sont meurtriers ? C’est bien cela, oui, on a vérifié sur Google. Essayons donc de ne pas trop nous concentrer sur le virus et ses conséquences immédiates, sur les annonces, ce mercredi soir, du président de la République. L’image de la semaine aura été celle du porte-conteneurs de 400 mètres de long et de 220 000 tonnes, au nom prédestiné : Ever Given – ce qui veut dire «toujours donné». Son immobilisation en plein canal de Suez pendant une semaine aura, en effet, «donné» matière à quelques réflexions.

Globalisation de tout. Les images du blocage, puis de la délivrance n’ont échappé à aucun pays, aucune télé, aucun réseau social. Avoir libéré le vaisseau est, certes, un «exploit égyptien», selon le président Abdel Fattah al-Sissi, mais l’événement appartient au monde. L’identité même du monstre maritime renforce cette vérité. Jugez du peu : Ever Given est la propriété d’une compagnie japonaise. Mais c’est une firme basée à Taïwan qui l’opère. Une compagnie allemande qui gère. Le tout est enregistré au Panama. Les techniciens responsables du sauvetage étaient japonais et néerlandais. Enfin, les membres de l’équipage (vingt-cinq marins) sont tous des Indiens. Si vous faites le compte, cela «donne» l’implication de plus de six nations, six pays aux régimes, cultures et idéologies radicalement différents. De quoi méditer sur ce que pourraient faire les Nations dites unies (ONU) si elles s’alliaient face à une mégacatastrophe d’ordre climatique. Ce jour arrivera sans doute. Comme toujours, l’intelligence humaine trouvera une solution. On a bien réussi à inventer dix vaccins en moins d’un an.

Dépendance. Les près de 10 milliards de dollars quotidiens que nous a coûté ce blocage soulignent à quel point le monde dépend de quelques passages. Il y a le canal de Panama, il y a le détroit de Malacca, il y a aussi celui d’Ormuz. Et on commence à parler de passer à travers le toit glacé de l’Arctique. C’est passionnant, tout cela. Il faut toujours revenir à la géographie. Elle est la sœur de l’Histoire.

Cette semaine, j’ai aussi envie de vous parler de deux hommes.

Bertrand Tavernier. Le 25 mars dernier, on apprenait la mort du réalisateur. De nombreuses chaînes de télé ont, aussitôt, programmé certains de ses meilleurs films. Il a eu droit à tous les hommages, tous justifiés, car cet homme au rire irrésistible, à la convivialité et à l’humanité généreuse, a été un très bon cinéaste, et, surtout, une mémoire stupéfiante du 7e art. Bertrand (je me permets d’utiliser son seul prénom, car il fut un ami de jeunesse) avait plus de 30 000 films dans la tête. Il savait tout, aimait tout, expliquait tout, était capable d’explorer les moindres œuvres les plus oubliées. Il suffit, pour bien comprendre sa cinéphilie maniaque, de suivre les trois heures et demie de son Voyage à travers le cinéma français, un documentaire datant de 2016. Il existe en DVD.

Jacques Julliard. En un volume de 1 100 pages, le remarquable essayiste, écrivain et journaliste publie ses Carnets inédits (éd. Bouquins) qui font mon bonheur. J’ai toujours aimé (j’en ai même récemment fait un livre) les citations, anecdotes, entretiens, portraits, réflexions. Alors, de tous les ouvrages qui viennent de sortir, celui-ci me touche le plus. Il faut le lire, crayon en main, pour savourer la sagesse, l’humour, la lucidité de ce libre esprit. C’est d’une grande richesse. Deux petits exemples. Un proverbe soviétique, d’abord, en page 39 : «Nul ne sait de quoi hier sera fait.» Et puis Julliard, qui se définit ainsi : «L’Histoire a toujours été mon métier de tête, et le journalisme mon métier de cœur.» Lisez Julliard et regardez Tavernier. Ça vous fera oublier le virus.

À suivre aussi

Ailleurs sur le web

Dernières actualités