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"The Roots", une ode magistrale au hip hop

Répétition à Lyon de "The Roots" du chorégraphe Kader Attou le 24 septembre 2013 [Jeff Pachoud / AFP] Répétition à Lyon de "The Roots" du chorégraphe Kader Attou le 24 septembre 2013 [Jeff Pachoud / AFP]

Spectaculaire et poétique, neuf et nostalgique, le hip hop apparaît dans toute sa richesse dans "The Roots" de Kader Attou, qui célèbre l'inventivité d'une danse passée des rues de New York aux scènes mondiales.

Cette pièce pour onze danseurs, créée en janvier à La Rochelle où elle a séduit les programmateurs, puis jouée à Beyrouth, entamait cette semaine à la Maison de la Danse de Lyon une tournée de plus de soixante-dix dates jusqu'en mai, en France et en Grèce.

"Je suis parti d'une introspection. Après vingt ans passés sur scène et des projets croisant les esthétiques, entre hip hop, danse contemporaine et danse indienne, je voulais revenir au point de départ", raconte à l'AFP le chorégraphe de 39 ans.

Au commencement, il y eut donc une cour d'école, un vieux tourne-disques, des vinyles qui craquent et un fauteuil fatigué, tous figurés dans "The Roots", puis l'éblouissement d'un Kader de 10 ans devant H.I.P H.O.P., l'émission culte de Sidney née en 1984 sur TF1.

Patinage, mime et claquettes

Le chorégraphe Kader Attou (C) au milieu des danseurs lors d'une répétition de "The Roots" à Lyon le 24 septembre 2013 [Jeff Pachoud / AFP]
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Le chorégraphe Kader Attou (C) au milieu des danseurs lors d'une répétition de "The Roots" à Lyon le 24 septembre 2013
 

L'enfant de Saint-Priest, dans la banlieue lyonnaise, fils d'un ouvrier de Renault arrivé d'Algérie dans les années 1970, se forme alors aux arts du cirque puis à la danse aux côtés de son voisin et complice Mourad Merzouki, devenu lui aussi une figure majeure du genre.

En choisissant dans sa pièce "onze danseurs purement hip hop", après avoir longtemps frotté cette danse à d'autres gestuelles, Kader Attou en restitue l'incroyable variété de mouvements, alternant vitesse et lenteur, acrobaties frôlant la cascade et décalages subtils.

Chapardeur dès l'origine, le hip hop a en effet "emprunté au patinage, au cinéma burlesque, au mime, à la danse contemporaine, aux claquettes", souligne le chorégraphe, enrichissant chaque style dans les rues du Bronx ou de Los Angeles.

Et les premiers danseurs, dans un climat d'émulation recréé par "The Roots", ont inventé le break, cette danse au sol dont le succès ne s'est jamais démenti, le locking et ses mouvements d'inspiration funk, ou le popping et ses interprètes désarticulés.

Répétition à Lyon le 24 septembre 2013 de "The Roots" du chorégraphe Kader Attou [Jeff Pachoud / AFP]
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Répétition à Lyon le 24 septembre 2013 de "The Roots" du chorégraphe Kader Attou
 

Au-delà de l'effervescence des origines, la force de la pièce est aussi de faire ressentir la singularité du hip hop français: entré dès les années 1990 dans les théâtres et les opéras, il y est devenu une "danse d'auteurs" qui s'exporte partout, rappelle Kader Attou.

Clair-obscur

L'artiste, dont la compagnie Accrorap a été remarquée dès la Biennale de la danse de 1994 à Lyon, a d'ailleurs pris en 2008 la direction du Centre chorégraphique national (CCN) de La Rochelle, suivi un an plus tard par la nomination de Mourad Merzouki au CCN de Créteil.

Dans cette institutionnalisation parfois décriée, le hip hop a gagné en maîtrise du plateau, de la musique et des lumières, en ampleur et en subtilité d'écriture, des qualités qui éclatent dans "The Roots".

Chez Kader Attou, pour qui "la danse est synonyme de poésie", les corps sont rarement triomphants. Souvent ils vacillent, vagabondent ou se heurtent, avec une grâce soulignée par la partition mêlant Brahms, Beethoven, le "Melocoton" de Colette Magny et la musique électronique de Régis Baillet.

A la différence d'un Merzouki, personnalité solaire conjuguant malice et virtuosité, Kader Attou apparaît en chorégraphe du clair-obscur, privilégiant l'émotion et la peinture d'hommes mélancoliques.

Cette quête, fil rouge de sa quinzaine de pièces, transparaît aussi dans les premières séances de travail de sa prochaine création, dévoilées sur Youtube. Utilisant notamment des chants corses, elle sera présentée à la Biennale de la danse de Lyon en 2014.

Diffusée en direct vendredi soir, "The Roots" reste disponible sur le site .

 

 

 

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