"Ca suffit, vous allez vous calmer!" lance la présidente à l'avocat du trader

Par AFP, publié le
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David Koubbi
David Koubbi sur le plateau de Canal+ le 19 septembre 2011.[JOEL SAGET / AFP]

"Ca suffit, vous allez vous calmer!". L'audition d'un témoin mercredi au procès en appel de Jérôme Kerviel a donné lieu à un violent échange entre la cour et l'avocat de l'ancien trader de la Société Générale poursuivi pour une perte record début 2008.

"C'est aberrant, je n'ai jamais vu ça!", a lancé Mireille Filippini à Me David Koubbi, avant de suspendre momentanément l'audience pour calmer les esprits. A la reprise, la tension était toujours aussi vive et la présidente a menacé l'avocat de "saisir le bâtonnier s'il continue comme ça".

Le ton montait depuis un moment, dès que Me Koubbi avait commencé à interroger un dirigeant de la Société Générale, Christophe Mianné, cité comme témoin par le ministère public.

M. Mianné, 49 ans, directeur adjoint de la banque de financement et d'investissement de la Société Générale, qui était en 2008 responsable de la division actions et dérivés, avait notamment qualifié de "grand n'importe quoi" la théorie selon laquelle Jérôme Kerviel aurait été l'objet d'un complot.

Au début de son procès en appel, entamé le 4 juin, l'ancien trader a déclaré avoir été utilisé comme fusible par la banque, qui aurait dissimulé avec "l'affaire Kerviel" ses pertes dans la crise des crédits hypothécaires américains "subprimes".

En janvier 2008, la banque avait annoncé avoir perdu 4,9 milliards d'euros du fait de la "fraude" de Jérôme Kerviel, qui avait pris pour des dizaines de milliards d'euros de positions spéculatives, à l'insu de sa hiérarchie selon elle.

"Vous n'avez pas à agresser un témoin!"

Kerviel, 35 ans, a été condamné en première instance à trois ans de prison ferme et 4,9 milliards de dommages et intérêts.

Christophe Mianné a également affirmé que l'ampleur de l'exposition de la banque l'avait mise "en danger de mort". "L'erreur, c'est d'avoir fait confiance...", a-t-il dit calmement. Me Koubbi a ensuite voulu lui faire admettre qu'il était impossible que le "très, très grand excès de vitesse" reproché à l'ancien trader n'ait pas été vu par ses chefs, ce que Christophe Mianné a nié, "solennellement".

Le ton est monté, amenant la présidente à intervenir. "Vous n'avez pas à agresser un témoin!", a-t-elle intimé à l'avocat.

"Le témoin dit ce qu'il veut", a-t-elle ajouté, rappelant à Me Koubbi que la cour était "suffisamment grande" pour faire la part des choses, entre qui dit vrai et qui dit faux.

"Je ne voudrais pas être méchante, mais les débats ont montré que j'en connaissais au moins autant que vous", a-t-elle poursuivi, excédée.

"Cela faisait longtemps que vous m'aviez pas engueulé, Madame la présidente", a répondu l'avocat.

"Je suis très détendu!"

Puis la coupe a débordé lorsque Me Koubbi a évoqué un point inconnu de la cour, pour lequel aucune pièce écrite ne lui avait été remise. "C'est inadmissible, on ne peut pas débattre sur des pièces qu'on n'a pas vues", a lancé Mireille Filippini, décrétant une pause.

A la reprise, l'avocat a fait diffuser deux enregistrements montrant selon lui que la hiérarchie "savait", et de nouveau, le ton est monté.

"On ne menace pas un témoin!", a encore mis au point la présidente.

"Je suis très détendu, arrêtez d'enfumer!", a éructé David Koubbi en direction de Claire Dumas, la représentante de la Société Générale, qui était venue au micro exposer son point de vue.

En début de matinée, la cour avait fait savoir à Me Koubbi qu'elle se contenterait désormais d'attestations écrites de tout nouveau témoin qu'il voudrait faire citer.

Lundi, l'avocat lui avait demandé d'entendre un témoin en mesure de prouver, selon lui, que la Société Générale avait détruit des preuves. La semaine dernière, un premier témoin surprise, salarié d'une filiale de la Société Générale, était venu appuyer la théorie du complot, sans la démontrer.

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Le portrait de David Koubbi, l'avocat de Jérôme Kerviel