Les confidences d'une prix Nobel de la paix

Par Direct Matin, publié le
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Leymah Gbowee a reçu le prix Nobel de la paix 2011.[ODD ANDERSEN/AFP]

Il y a des décennies, elle était cette jeune fille mince, maladive, que l’on surnommait "Red" ("Rouge"), en raison de son teint clair. Aujourd’hui, Leymah Gbowee, 40 ans, mère de six enfants, est devenue la plus célèbre représentante du combat des femmes de son pays, le Libéria.

Dans cet Etat ravagé par des années de guerre civile, qui ont fait 250 000 morts entre 1989 et 2003, son travail de mobilisation des femmes, de toutes ethnies et religions, pour mettre fin aux violences et garantir leur participation aux élections, lui a valu le prix Nobel de la paix 2011. Un parcours à la fois tragique et triomphant qu’elle raconte dans un ouvrage qui vient de paraître, Notre force est infinie (éditions Belfond, avec Carol Mithers).

"Je voulais écrire un livre honnête, qui donne une image vraie de la femme africaine", a-t-elle confié lundi lors de son passage à Paris, avant de participer au Women’s Forum de Deauville (du 10 au 12 octobre). Pour cela, Leymah Gbowee raconte la guerre, bien sûr, son combat en tant que travailleuse sociale auprès des femmes, des enfants soldats...

Mais elle n’hésite pas à se livrer aussi sur sa vie privée. Elle ne cache ni ses doutes, ni ses problèmes, de violences conjugales notamment...  «Je ne voulais pas seulement raconter un combat politique mais aussi un combat personnel», qui parle à toutes les femmes, explique-t-elle.

 

Ellen Johnson Sirleaf "a déçu"

Dans son livre, Leymah Gbowee évoque aussi Ellen Johnson Sirleaf, l’actuelle présidente du Libéria, qui a remporté avec elle le Nobel de la paix 2011... et ne cache pas ses réserves. "Je pense qu’elle n’était pas la personne idéale pour le Libéria", a-t-elle déclaré lundi.

Si elle reconnaît que Sirleaf a oeuvré pour reformer les infrastructures du pays, elle pointe aussi du doigt son échec face à la lutte contre la corruption et le népotisme : "Les gens sont très déçus (...) Ses fils sont dans les conseils d'administration d'entreprises pétrolières et l'un est vice-gouverneur de la banque centrale. Le fossé entre les riches et les pauvres augmente. Vous êtes soit riche soit pauvre, il n'y a pas de classe moyenne."

 

Leymah Gbowee en compagnie de la président du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf. (GLENNA GORDON / AFP)

 

"Une autre femme" pour le Nobel 2012

Depuis qu’elle a reçu son prix Nobel, Gbowee est plus sollicitée que jamais. Mais elle s’est fixée un objectif : « ne pas devenir une simple décoration ».  « Quand vous recevez ce prix, on vous invite à parler partout de n’importe quoi. Si vous me demandez de m’engager sur des questions – mêmes très importantes – comme le désarmement nucléaire, je ne signerai pas, car j’estime ne pas avoir assez de connaissances sur le sujet. Je ne vais que là où le droit des femmes à besoin d’être défendu ».

Pour le Nobel de cette année, qui doit être annoncé vendredi, elle souhaiterait juste que « ce soit une autre femme », car comme elle le rappelle, jusqu'à présent, seuls 15% des récompenses ont été attribués à des femmes. « A croire que les hommes sont plus pacifistes», ajoute-t-elle avec une pointe d’ironie.

 

Voir la vidéo de la cérémonie du Prix Nobel de la Paix 2011:

 

 

 

En attendant, Leymah Gbowee est déterminée à continuer son combat sur le terrain. Avec un espoir: « que sa fille n’ait plus à mener les combats qu’elle mène aujourd’hui.»

 

Voir l'interview de Leymah Gbowee pour le Nobel Peace Center:

 

 

 

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