Délinquance : "Les chiffres dépendent de la manière dont on les mesure"

Par Direct Matin, publié le
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Alors que les chiffres de la délinquance sont stables en zone police, ils ont bondi en zone gendarmerie.
Alors que les chiffres de la délinquance sont stables en zone police, ils ont bondi en zone gendarmerie. [GERARD JULIEN / AFP]

Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, s’est à nouveau exprimé mardi dans le Figaro sur la mesure des chiffres de la délinquance qui, selon le quotidien, auraient connus une «explosion» au mois de novembre. Cyril Rizk, responsable des statistiques à l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), décrypte la situation.

 

Le Figaro parle d’une forte hausse de la délinquance générale en novembre. Est-ce une réalité ?

Nous avions déjà dit dans notre dernier bulletin mensuel que ces évolutions sont liées à l’outil de saisie. On trompe les lecteurs avec de tels chiffres. La question, aujourd’hui, est de savoir pourquoi la gendarmerie connaît une hausse des indicateurs de la délinquance d’une telle intensité, alors que les chiffres de la police sont stables.

Pour certaines infractions, on dénombre autant de faits lors des 5 premiers mois de 2012 que sur l’ensemble de l’année 2011. Et cela vient de l’outil de mesure : si le thermomètre indique 45 degrés, on vérifie d’abord s’il fonctionne bien avant de croire qu’il fait vraiment très chaud. 2012 et 2011 ne sont donc pas comparables.

 

Mais comment expliquer ce bond de la délinquance en zone gendarmerie ? Par une hausse du nombre de plaintes ?

Non, ça n’est pas crédible, ça ne tient pas la route. Cette hausse est trop rapide, trop intense, pour n’être expliquée que par une simple augmentation des faits. Nous nous sommes rapprochés de la gendarmerie pour comprendre ce phénomène. Peut-être les chiffres sont-ils plus sincères aujourd’hui qu’ils ne l’étaient il y a un an. Et dans ce cas-là, la comparaison est caduque.

 

Faut-il davantage différencier police et gendarmerie ?

Il n’est plus possible aujourd’hui d’additionner les faits relevés en zone police et en zone gendarmerie, Il faut séparer les deux. Certains indicateurs de la gendarmerie, les dégradations de véhicules, les infractions aux chèques ou encore les agressions sexuelles sur mineurs se sont vraiment affolés. 

 

On ne peut donc pas conclure à une hausse spectaculaire des problèmes en zone gendarmerie ?

Cela n’a pas de sens. Il faut bien comprendre que les chiffres dépendent de la manière dont on les mesure. Mais on fait semblant de croire qu’il n’existe pas de différence entre la délinquance mesurée et la délinquance réelle.