Les vrais risques du Bisphénol A

Par Direct Matin, publié le
GooglePlus Facebook Twitter Pinterest Linkedin Commentez cet article Envoyez le par mail Imprimez le
Certains biberons sont composés de bisphénol A.
Certains biberons sont composés de bisphénol A.[FRED DUFOUR / AFP]

Le Sénat se penche ce mardi, sur l'interdiction du bisphénol A dans les contenants alimentaires, à l’horizon 2015. Le texte avait été adopté à l'unanimité des députés il y a un an, mais n'avait jamais été inscrit à l'ordre du jour de la Haute assemblée. Pourquoi les politiques souhaitent-ils interdire ce produit chimique ? Quels sont ses dangers ?

Depuis plusieurs années, les études montrant les dangers du Bisphénol A ne manquent pas. Selon celles-ci, ce produit chimique, aurait des effets suspectés sur la reproduction masculine, le cancer du sein, les maladies cardiovasculaires, l'obésité, les troubles de l'immunité, des perturbations au niveau de la thyroïde ou encore le comportement de l'enfant (anxiété, hyperactivité).

Pour Bernard Jégou, directeur de recherche sur la reproduction humaine à l'Inserm, "le bisphénol A est un perturbateur endocrinien".

Selon le biologiste William Bourguet, chercheur à l’INSERM et au CNRS, "il agirait comme un leurre hormonal en mimant l'action d'hormones naturelles. Il usurperait l'identité des œstrogènes et activerait leurs récepteurs de manière un peu anarchique et dérégulerait de cette façon le système hormonal".

 

Tous dépend de la dose

De quoi inquiéter le plus grand nombre, d’autant qu’à forte dose les effets de ce produit chimique serait rapidement visible.

Le Pr René Habert, de l'université Paris-Diderot, spécialiste des perturbateurs endocriniens donne ainsi l’exemple des travailleurs du plastique exposés en Chine. Ils ont une diminution de la production de sperme et une diminution de la fertilité. « Les femmes enceintes qui travaillent dans le plastique de BPA donnent également naissance à des enfants qui ont des troubles de la masculinisation", ajoute-t-il.

A faible dose en revanche, comme c’est le cas pour une grande partie de la population, les effets sont un peu moins visibles. Ils dépendent des pathologies et des organes de chacun.

 

Un produit pas facile à remplacer

Si les risques sont avérés, pas faciles pour autant de remplacer ce produit. Articles de vaisselles, électroménager, cannette, biberon, CD, DVD, encre d’imprimerie, raquette de Tennis, planche de Surf, pare-chocs de voiture, …le bisphénol A est aujourd’hui partout.

Chaque année, trois millions de tonnes de Bisphénol A sont utilisés et pour le moment peu de produits de substitution existent.

Pour Bernard Jégou, "l'interdiction programmée du Bisphénol A dans les contenants alimentaires doit être aussitôt encadrée par des recherches sur les produits de substitution, sinon ce sera une supercherie".

Du côté des industriels on critique le calendrier déterminé par les politiques.

La proposition de la commission des Affaires sociales du Sénat de repousser d'un an l'interdiction générale, de 2014 à 2015, n'a pas apaisé leur mécontentement. «Ils s'imaginent qu'en donnant un an de plus, ça va tout régler!», fustige Olivier Draullette, délégué général du SNFBM, le syndicat des fabricants de boîtes et emballages métalliques dans les colonnes du Télégramme.

 «Notre grande inquiétude, c'est de commercialiser un produit sur lequel on a moins de recul que ceux qui sont utilisés, et qui pourrait être moins sûr que les produits actuels», explique Jean-René Buisson, le président de l'Association nationale des industries alimentaires (Ania).

 

A lire également : 

Le bisphénol A, en ligne de mire des sénateurs