Laurent Mucchielli : "Tournantes : les trois vérités fondamentales"

Par Direct Matin, publié le
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Archive AFP.[JACQUES DEMARTHON / AFP]

La cour d’assises des mineurs de Créteil juge actuellement quinze hommes accusés d’avoir participé à des "tournantes" entre 1999 et 2001 dans une cité de Fontenay-sous-Bois.

Laurent Mucchielli, sociologue, auteur en 2005 de Scandale des "tournantes" : dérives médiatiques, contre-enquête sociologique, apporte son éclairage sur un phénomène loin d’être nouveau.

 

 

Quelles conclusions avez-vous tiré de vos recherches sur les "tournantes" ?

Qu’il existait trois contre-vérités fondamentales sur le phénomène.

On entend souvent que les "tournantes" sont en augmentation en France. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de statistiques claires. Impossible donc d’établir une tendance. Et s’il fallait en dégager une sur les trente dernières années, elle serait sûrement exactement l’inverse de cette idée reçue.

On nous dit aussi que ces viols collectifs ne se dérouleraient que dans les cités des banlieues populaires. Là encore, c’est une ineptie de taille. L’affaire de la caserne des pompiers de Marseille en 2004 en est la preuve. Aujourd’hui, on observe ce phénomène dans des internats qui accueillent des lycéens de bonne famille, des quartiers chics ou au cours de soirées trop arrosées entre jeunes.

Enfin, on nous explique que c’est quelque chose de nouveau : c’est faux. J’ai pu me rendre compte que cette forme de viol collectif existait déjà à l’époque du Moyen-Âge. Je pense même qu’on pourrait remonter jusqu’à l’Antiquité.

 

 

Qu’avez-vous observé sur le profil des participants aux "tournantes" ?

Ces violeurs ne sont pas des violeurs communs. Ce ne sont pas des prédateurs en recherche absolue d’une proie. Il y a ici une logique de groupe.

Très souvent, ces individus n’ont jamais violé auparavant. Il arrive aussi que certains d’entre eux prennent cela pour une initiation sexuelle et perdent leur pucelage au cours d’une "tournante".

Les victimes en général connaissent leurs agresseurs. Ce sont des jeunes femmes qui ont déjà fréquenté des groupes de garçons. Elles doivent faire face à des difficultés sociales : fugue, drogue, échec scolaire.

En général, elles sont perçues comme des jeunes femmes plus émancipées que les autres. Ce sont des gamines qui ne voient pas le piège se refermer sur elles.

 

 

Que penser de l’affaire de Fontenay-sous-Bois ?

Il est difficile pour moi de me prononcer sur une affaire judiciaire en cours.

Mais quand on voit qu’une cinquantaine d’individus auraient été prêts à attendre leur tour pour violer ces deux adolescentes, il semblerait que l’on soit dans des cas de proxénétismes. Comme à Marseille en 2004.