Russie : un petit musée exhume une toile de Rubens

Par AFP, publié le
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Des personnes regardent le tableau attribué à Rubens, dévoilé par le musée d'Irbit, en Russie, le 15 novembre 2012 [ / Musée des Beaux Arts d'Irbit/AFP]
Des personnes regardent le tableau attribué à Rubens, dévoilé par le musée d'Irbit, en Russie, le 15 novembre 2012 [ / Musée des Beaux Arts d'Irbit/AFP]

Un petit musée russe de l'Oural a retrouvé dans sa réserve un tableau qu'il affirme être du peintre flamand Rubens, cédé dans les années 1970 par le célèbre Ermitage de Saint-Pétersbourg qui l'avait considéré comme une copie.

Le tableau, intitulé "Marie-Madeleine pénitente et sa soeur Marthe", a été dévoilé jeudi au public par le musée d'Irbit, une petite ville à environ 200 km d'Ekaterinbourg, dans l'Oural.

Selon le directeur du musée Valéri Karpov, le tableau considéré jusqu'à présent comme une copie d'une oeuvre exposée au Kunsthistorisches Museum (Musée d'histoire de l'art) de Vienne est "indéniablement" un original de Pierre Paul Rubens, peintre baroque flamand du XVIIe siècle.

"C'est l'Ermitage (musée de Saint-Pétersbourg, ndlr) qui nous a donné ce tableau en novembre 1975", a-t-il raconté par téléphone à l'AFP.

La toile, qui figurait à la fin du XIXe siècle dans la collection privée d'un professeur de l'Académie de médecine militaire russe, avait été confisquée par les Bolcheviques après la Révolution de 1917.

"Visiblement, elle était en mauvais état, ils n'ont pas réussi à la vendre à l'étranger, et en 1931 elle a été donnée à l'Ermitage comme une copie de Rubens", a expliqué M. Karpov.

"Pendant une trentaine d'années, elle est restée dans leur réserve, puis 36 ans dans la nôtre", a-t-il poursuivi.

"Je tournais autour et rêvais de la faire restaurer. J'avais tout de suite eu la sensation qu'une telle oeuvre de maître ne pouvait être une copie", a encore raconté M. Karpov qui dirige le musée d'Irbit depuis 40 ans.

Mais l'établissement, qui manquait de moyens, n'a ressorti l'oeuvre de sa réserve que cette année, ayant obtenu des fonds publics permettant de la restaurer.

Un restaurateur du musée des Beaux Arts d'Irbit, en Russie, travaille sur le tableau attribué à Rubens, le 19 décembre 2007 [ / Musée des Beaux Arts d'Irbit/AFP]
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Un restaurateur du musée des Beaux Arts d'Irbit, en Russie, travaille sur le tableau attribué à Rubens, le 19 décembre 2007
 

Après la restauration, qui a duré trois mois, "nous avons comparé ce tableau avec celui qui se trouve à Vienne", a indiqué Andreï Gamlitski, directeur adjoint du musée.

"Ils sont très ressemblants, mais il y a dans les détails beaucoup de différences. (...) Notre tableau est plus vif, les visages sont plus nobles, la couleur dorée des cheveux est typique de Rubens", a-t-il expliqué.

Par ailleurs, une expertise chimique a été réalisée. "Les pigments naturels des couleurs, la céruse, tout cela est caractéristique du XVIIe siècle", a-t-il souligné.

Des spécialistes de l'Ermitage, qui l'ont examiné jeudi, "ont confirmé nos suppositions: ça vient de l'atelier de Rubens, et il est lui-même l'auteur de l'esquisse et des principales parties du tableau, il a dessiné la tête, les mains de Madeleine, la robe", a poursuivi l'expert.

"Rubens avait un énorme atelier, et les tableaux réussis étaient souvent reproduits, il arrivait qu'il y ait sept ou huit variantes. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que la toile de Vienne ne soit pas unique", a-t-il observé.

Le restaurateur en chef de l'Ermitage, Viktor Korobov, a indiqué jeudi au directeur du musée d'Irbit que la soeur de Marie-Madeleine, Marthe, avait en revanche sans doute été dessinée par des disciples de Rubens, comme Van Dyck.

L'oeuvre doit encore subir une série d'analyses pour confirmer définitivement son origine, selon M. Gamlitski.

"Maintenant, les Autrichiens vont avoir un gros problème, ils vont devoir vérifier l'attribution et l'histoire de leur propre Madeleine et s'assurer qu'il ne s'agit pas d'une copie", a plaisanté M. Karpov.

Après un voyage à Saint-Pétersbourg pour l'expertise et la fin de la restauration par les spécialistes de l'Ermitage, la toile doit revenir à Irbit.